Dans Les Échos du 22 juin 2026, un constat revient pour expliquer le recours croissant des entreprises à la médiation : « on sent qu’il faut que ça aille vite ». Le nombre de dossiers de différends entre entreprises traités en médiation progresse d’année en année, porté par un contexte économique qui exacerbe les tensions.
Les Echos rapportent une progression continue des différends entre entreprises traités par la voie amiable : 260 dossiers en 2018, 380 en 2023, 455 l’an dernier pour le Centre de médiation et d’arbitrage de Paris. La flambée des coûts des matières premières est souvent à l’origine du conflit, et la médiation aboutit à une résolution dans 60 à 70 % des cas.
Ce que je lis d’abord dans ces chiffres, c’est une bonne nouvelle : de plus en plus d’organisations acceptent l’idée qu’un différend peut se traiter autrement que devant un juge. C’est un progrès réel, et je m’en réjouis.
Cette recherche de rapidité est compréhensible : sortir plus vite d’un conflit est l’un des intérêts de la médiation. Et la médiation professionnelle présente d’autres intérêts tout aussi importants.
Pourquoi la médiation permet-elle de résoudre un conflit plus rapidement ?
La rapidité constitue effectivement l’un des avantages de la médiation. Sortir d’un conflit plus vite, sans s’engager dans une procédure longue et coûteuse, est un bénéfice réel.
Le processus de médiation professionnelle est structuré. Il débute par des entretiens individuels de 1h30 à 2h avec chacune des parties. Lorsque les conditions du dialogue sont réunies, les personnes se retrouvent en réunion de médiation, généralement pendant 2 à 3 heures. Un second entretien individuel ou une seconde réunion peuvent être proposés si nécessaire.
Selon la situation, une médiation peut ainsi représenter entre 3h30 et 10h pour chacune des parties. Une durée très réduite au regard d’une procédure judiciaire qui peut s’étendre sur plusieurs années.
Cette rapidité tient aussi au fait que le calendrier du processus dépend essentiellement des disponibilités des personnes concernées et du médiateur.
La rapidité n’est pas le seul intérêt de la médiation
La rapidité est un avantage réel de la médiation. Mais elle ne tient pas seulement au nombre d’heures nécessaires pour parvenir à une issue. Le processus permet aussi de travailler sur ce qui contribue à alimenter le conflit : les émotions, la dégradation du dialogue et les représentations que les personnes se sont progressivement construites l’une de l’autre.
Retrouver la capacité de réfléchir lorsque les émotions prennent le dessus
Lorsqu’un différend s’installe, les personnes sont souvent prises par leurs émotions. Colère, peur, sentiment d’injustice ou incompréhension peuvent prendre une telle place qu’elles ne parviennent plus à réfléchir sereinement aux enjeux du conflit ni à dialoguer.
Le travail mené lors des entretiens individuels permet à chacun d’exprimer ce qu’il vit et de retrouver progressivement un état émotionnel dans lequel la réflexion et la discussion redeviennent possibles. Il ne s’agit pas d’effacer les émotions, mais de faire en sorte qu’elles ne soient plus aux commandes.
C’est une condition essentielle avant de pouvoir travailler sur les attentes, les enjeux et la suite de la relation.
Redonner directement la parole aux personnes concernées
Lorsque le conflit s’installe, la communication devient souvent indirecte : les personnes s’évitent, passent par leur hiérarchie, les ressources humaines ou leurs conseils. Chacun parle de l’autre, mais les personnes ne se parlent plus réellement.
L’un des principaux atouts de la médiation est de leur redonner directement la parole. Le médiateur ne décide pas à leur place et ne porte pas leur parole : il crée les conditions dans lesquelles elles peuvent à nouveau se parler, s’expliquer et entendre ce que l’autre a vécu.
Ce dialogue direct permet de faire émerger ce qui nourrit réellement le désaccord, au-delà des positions exprimées au départ.
Permettre aux parties de construire elles-mêmes l’issue du conflit
En médiation, la solution n’est pas imposée par le médiateur. Elle vient des personnes elles-mêmes.
Une fois qu’elles ont pu exprimer ce qu’elles vivaient, entendre ce que l’autre avait à dire et retrouver une capacité de dialogue, elles peuvent déterminer ce qu’elles souhaitent pour la suite : poursuivre leur collaboration différemment, définir de nouvelles règles de fonctionnement, modifier certains engagements ou parfois décider de mettre fin à la relation.
Cette liberté est essentielle : les personnes ne sont pas seulement destinataires d’une solution. Elles en sont les auteures et peuvent construire un accord auquel elles adhèrent réellement. Cette adhésion favorise aussi la pérennité de l’accord, puisqu’il n’a pas été décidé pour elles mais construit par elles.
