Quand quelqu’un traverse une tempête, beaucoup de gens sombrent avec leurs proches.
Ils deviennent tristes pour eux.
Par empathie, ils tentent de comprendre ce que la personne ressent.
Ils se laissent engloutir par les émotions de l’autre.
Et si, au lieu de sombrer avec l’autre, vous pouviez lui offrir une présence solide, stable, apaisante : être utile sans vous épuiser émotionnellement ?
C’est ce que j’appelle la posture du phare.
L’erreur fréquente : se laisser emporter par les émotions de l’autre
Beaucoup de gens croient qu’aider, c’est ressentir la même douleur que celui qu’on veut soutenir.
Ils se disent : « Je souffre avec toi, je te comprends. »
Cette empathie est sincère, mais elle a plusieurs limites :
- Elle ne permet pas toujours à l’autre de sortir de sa tempête.
- Elle peut même le maintenir dans son tourbillon émotionnel.
- Sans parler du fait que si la personne n’a pas vécu les mêmes événements, il peut ne pas comprendre ce que l’autre vit et nier ainsi les émotions de celui qui souffre .
En partageant la tempête, on perd le cap.
On devient un navire qui sombre à côté de l’autre, au lieu d’être un repère.
La posture du phare : celle du médiateur professionnel
Le médiateur professionnel adopte une posture différente : lucide et ancrée
Il ne fuit pas la tempête, mais il garde une distance.
Une phrase de Fernando D’Sandi illustre parfaitement cette idée :
« Si tu choisis de rester dans cette tempête, sache que je serai là, toujours à tes côtés, mais depuis mon propre espace, depuis ma sérénité. Je ne t’abandonnerai pas, mais je ne me perdrai pas non plus avec toi. Depuis mon ancrage, je peux être un phare, pas un navire qui sombre à tes côtés. »
Cette image du phare résume ce qu’est la posture d’altérité :
- Être présent sans se dissoudre.
- Accueillir sans absorber.
- Soutenir sans sauver
- Eclairer pour que l’autre trouve le chemin pour s’en sortir.
C’est cette posture qui permet d’aider efficacement les personnes à sortir des situations difficiles. Elle permet aussi de ne pas agir comme une éponge et d’être dans la confusion identitaire.
La confusion identitaire c’est quand je me confonds à l’autre.
Comment incarner cette posture au quotidien ?
Quelques repères simples :
- Rester ancré : respirer, se recentrer avant de répondre à l’autre. Écouter sans absorber : distinguer ce que l’autre vit de ce qui nous appartient.
- Proposer son aide : dire « de quoi tu as besoin », sans chercher à résoudre ou à consoler à tout prix.
- Prendre soin de soi : on ne peut pas être un phare si la lampe intérieure est éteinte.
C’est aussi une façon concrète d’être utile sans s’épuiser émotionnellement, au quotidien, dans nos relations personnelles ou professionnelles.
En médiation professionnelle, on parle de ‘nettoyer son bocal’ : c’est-à-dire arriver en médiation centré sur l’autre, et non sur soi.
Cette posture s’apprend, notamment dans le cadre de la médiation professionnelle.
Elle rend possible la posture de distanciation, essentielle au médiateur professionnel, dont le rôle est d’accompagner la réflexion des personnes.
Conclusion : être un phare, pas un sauveur
Aider quelqu’un ne consiste pas à plonger avec lui, mais à rester solide pour qu’il puisse retrouver la rive.
C’est une posture de distanciation, celle du médiateur professionnel, qui ouvre la voie à la réflexion, à la transformation.
Être un phare, c’est être utile sans s’épuiser émotionnellement : une posture de lucidité et de distanciation.
